Le premier spectacle à Ushagram :
Ushagram est un petit village rural situé à quelques cent kilomètres de Calcutta (Kolkata), 3 heures de voiture, 4 ou 5 de bus, dans le delta du Gange (West Bengale). C’était, il y a une vingtaine d’année un lieu quelconque,  une simple et modeste  friche que Gopal, un professeur à la retraite, compagnon de Sri Aurobindo et de Gandhi, tenait à développer ! Madame Yolande Garcia qui a organisé cette rencontre (comme tant d’autres) a depuis plusieurs années participé à l’immense développement lieu. C’est maintenant un village de quelques centaines d’habitants avec école, hôpital, librairie, fabrique d’artisanat  etc.
J’avais eu l’opportunité il y a quelques années, d’y accompagner pour un spectacle  de démonstration  de théâtre de l’opprimé, la troupe de Jana Sanskriti. A cette époque Gopal me demandait : «  Alors ! Quel programme allons-nous faire ensemble ? » J’étais loin de me douter que je reviendrais y donner un atelier de clowns pour les professeurs et les étudiants ! Et y conduire une rencontre interculturelle avec des Français !
 
Nous logeons en plein cœur du village dans le petit Ashram dédié à La « Mère » et  à « Aurobindo ». Les chambres toutes simples sont distribuées autour du lieu de méditation dans lequel se déroulera le stage de clown ! Cet espace de paix, de fleurs et de verdures est traversé de petits chemins qui mènent ça et là à des petits lieux de prières, un lac, des instants et des arts de verdures. Tout le long, des écriteaux reprennent des paroles de Sri Aurobindo et de la Mère. Paroles de sagesse invitant à la concentration, au partage, à la méditation, à l’espoir de l’avenir, à l’Aventure.
C’est assez génial d’y faire naître des clowns. Des clowns dans un lieu sain et consacré aux divinités, une imposture ? Non : un rêve !
 
Le groupe se compose de 12 français et d’une quinzaine d’Indiens (selon les jours). « Bittoo » est notre « traducteur en chef ». Il nous a rejoint  pour faire le lien avec les indiens, assurer la traduction et en quelque sorte nous introduire en Inde Il arrive de Jaipur par le « Rajasthani Express » Nous travaillons ensemble depuis une huitaine d’années. Il s’occupe de la troupe de théâtre de Jaipur que « Caravane Théâtre » a créée. Son rôle est monter et piloter toutes sortes de projets pour l’association « JKSMS ». Il est également clown et acteur social (théâtre de l’opprimé). Heureusement que nous avons eu son aide, parce que, dans ce stage il y a un grand  mélange de cultures et de langes qui le rend assez difficile à organiser. On y parle Indy, Bengali, Français et Anglais. Il faut passer de l’une à l’autre ! « Bittoo »  parle Indy et Anglais et commence à se débrouiller en Français. Pour passer de l’Indy au Bengali on a quelques complicités avec deux ou trois stagiaires indiens…
Nous partageons des repas végétariens, d’une main nous cueillons le dessert aux arbres les plus proches. Le logement est simple, quelque peu spartiate mais très propre. Ce sont de petites chambres, aux lits de bois durs (très durs), bons pour le dos,  posés sur quatre briques en cas d’inondation car c’est extrêmement pluvieux et humide. Des matelas de 2 millimètres d’épaisseur,  moustiquaires en plastique, vert pâle ou rose administratif, salle de bains à eau courante fraîche qui donne par sa fenêtre absente sur un étang à moustiques et amibes. (Avec lesquels nous avions quelques déférents et qui nous laissèrent tranquilles)
 
L’an passé, Yolande était venue dans ce même lieu avec un groupe de Français et une « clown ». Elle y avait donné un spectacle qui avait beaucoup plu. Les dirigeants d’Ushagram avaient demandé une formation à l’art du clown pour les animateurs, éducateurs et instituteurs!
 
Quand nous sommes arrivés, il n’y avait pas tous les stagiaires indiens ! Après bien des explications, on nous a proposé de compléter le groupe avec des enfants, quelques garçons de 14 à 16 ans (venus pour la rigolade) quelques jeunes files (venues pour s’y marier avec les Français) une institutrice tricoteuse de chanvre, adorable, jolie Clowne et heureusement superbe traductrice d’Indy en Bengali)
Au bout de deux jours, le calme revint et la troupe indienne certes quelque peu hétéroclite était prête pour nous donner le grand frisson inter culturel ! Vrai !
 
Le stage était très bien parti pour l’interculturel mais, au début, pas si bien que ça pour le clown ! Pendant qu’on croyait les Indiens s’habiller pour improviser, les jeunes files se maquillaient, prêtes à séduire. Quand on attendait avec impatience et sérieux que les clowns sortent de derrière les rideaux, on ne pouvait pas s’imaginer (au début) qu’ils s’amusaient tout simplement entre eux avec les habits si étranges et les objets si merveilleux qu’on avait ramenés de France. Parfois il fallait, au tout début, aller les chercher et les rassembler afin de  pouvoir continuer le travail.
Ça c’est pour le côté indien de la chose.
 
Voilà une culture différente de la notre ! C’est  fantastique de vivre ces instants  là. On  ne sait plus trop ce qui se passe, et on est obligé de s’interroger sur nous-mêmes, de lâcher le rire salvateur qui n’abolit pas les différences mais qui leur permet d’exister
 
Quant aux Français, tous n’étaient pas venus pour le clown. Certains ne savaient pas grand-chose sur ce personnage. C’était comme un défi : « on y va ? On n’y va pas ? Est-ce qu’on sera capable ? On aimerait tant !... Mais… »  Seuls les 4 jeunes étaient vraiment  venus pour le ça et nous avons bien profité de leur enthousiasme !
 
Ça pouvait paraître un peu maigre pour réussir un  merveilleux stage de clown, mais non ! Tous y ont trouvé de très belles choses, de magnifiques moments, beaucoup y ont trouvé le moyen de se surpasser, de se valoriser, l’occasion de vivre de fortes sensations, de donner beaucoup et de recevoir en retour,  etc.
 
Bien sûr, les deux premiers jours ont été plus consacrés à trouver nos indiens de stagiaires que de réellement jouer. Bien sûr le quatrième jour tous les Indiens ne sont pas venus à cause de la fête de Durga….Pour sûr que le dernier jour  tous les stagiaires indiens ne pouvaient pas être présents pour cause de la grève populaire décrétée dans tout l’Ouest Bengale par le parti communiste dont un  des leaders venait de se faire descendre dans un attentat.
Bien sûr que les consignes n’étaient pas toujours assez claires !
Ça !...L’animateur de mauvaise humeur ou de trop de caractère.  
Et le stage parfois dur dur ! Les poses trop courtes, la fatigue tenace.
Bien entendu qu’on n’était pas venu pour ça. Que si on avait su…Que c’était ou trop cour ou très long..
La bière manquante et les moustiques inquiétants
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Bien entendu qu’il y eut des Ouf ! Et de re ouf ! Mais qu’est-ce que nous avons pu nous régaler ! (Et de cela même !)
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