Le spectacle de Konarak
Au petit matin c’est le départ en bus vers  la région sud Bengale.
La route est toujours aussi dangereuse, le bus roule très vite ! Miraculeusement sans accrocher quoi que ce soit : ni charrettes, ni  chien, veaux, vaches, cochon, couvées, taxis à essence, à pédale et certains « hommes-cheveaux » qui tirent, pieds nus, dans des chariots à deux roues de ventrues Bengalies.
On visite sous une énorme pluie de mousson le temple de Konarak, le plus fabuleux sans doute de toute l’Inde (celui où sont sculptées les roues de la vie, couvert de millions de sculptures de pierre…)
Dès l’entrée nous sommes assaillis par les marchands de souvenirs prêts à nous faire profiter des dernières soldes, des prêtres ( ?) des Sâdhus plus ou moins professionnels, immobiles dans de subtiles positions inénarrables. « Zippo » le petit clown s’y fait photographier sur toutes les coutures, passant de mains en mains, de bras en bras et..de rires en sourires !
Je reste souvent à l’arrière et je m’arrange toujours pour compléter son album photos de voyage
La pluie redouble. Tout le monde loue son parapluie à cinq roupies. On fait le tour du temple. Madumitha  la danseuse indienne qui nous accompagne, pose devant les plus belles sculptures, négociant quelques apparitions du soleil pour les photographes du groupe.
Au retour je mets le nez pour aider un des mendiants, le plus attendrissant, à remplir son bol de roupies. Les visiteurs indiens sont très sensibles à mes sollicitations et les roupies tintinnabulent au fond du bol  Au bout de dix minutes, je procède à une répartition équitable des gains entre les mendiants. Le mien, celui dont j’ai emprunté le matériel disparaît. C’était en fait pour protéger un billet de 20 roupies qu’il avait subtilisé dans le bol à aumônes : une petite fortune pour une quête improvisée sous la pluie.
Même si les Indiens sont très joueurs, j’ai ressenti à cet instant une véritable communication et un réel intérêt de leur part de certains. Aucune moquerie. Quelques sourires certes, mais pas de gros rires. Aucune méchanceté. Je pense que mon intervention a été comprise comme un acte de compassion, une façon de participer et de donner… Les « mendiants » auraient bien continué à jouer…C’est chez eux que j’ai ressenti  le moins de remerciements et même une réelle avidité. Faut comprendre l’aubaine ! ...
Nous retournons manger dans un hôtel restaurant tout proche. C’est là que nous avons laissé nos affaires de clown, et c’est ici que nous nous préparons pour la « soirée » spectacle…
 
Moi, j espérais (en secret) que la longue pluie de ce matin aurait découragé les spectateurs et les autres « artistes »! Avec lesquels nous allions jouer ...Je me disais qu’ainsi nous (je) en aurions terminé avec les angoisses de jouer et je dois le dire, pour moi, une certaine  fatigue d’être présenté comme directeur d’une troupe de clowns professionnels alors que nous n’étions que quelques touristes amateurs qui avaient mis le nez quelques heures seulement
Les deux premiers « spectacles » franco-indiens auxquels nous avons déjà participé, nous avaient assez perturbés.
Je savais que dès le matin une voiture qui tournait dans les villages voisins annonçait la venue d’artistes français pour le spectacle du soir. Nous étions en concurrence avec la sortie d'un film, la tournée promotionnelle et la présence de l’acteur principal. De quoi nous mettre en appétit et nous faire fleeper toute la journée. En fin de compte, nous avons été les seuls à tenir tête à la pluie. L’acteur ne s’est pas déplacé.
  
Donc, la pluie n’étant pas un réel obstacle au spectacle, maquillés, accessoirisés (ombrelles colorées, tapettes à mouches, bibelots en tous genres, aux chevilles, poignées et tour du cou) nous voici dans le bus, le cœur pressé comme un citron (enfin : moi) prêts à être prêts (pour jouer).
Seuls quelques insectes luisant volettent au sommet des arbres et les phares blafards de notre vieux bon bus éclairent le chemin. Mais…pas pour si longtemps !
A quelques jets de pierres, au détour d’un chemin tout à coup ; c’est Versailles ! Son et lumière et 14 juillet !
Sous une immense fausse arche de papier mâché, colorée et recouverte de photos (notamment celle de caravane théâtre prise au Palais des vents de Jaipur (Béatrice, Pascale, Aude…) Nous attend toute une délégation : ministre du tourisme, de la culture, prêtres en premier, et, en second, fidèles, supporters enthousiastes et inconditionnels des clowns (mais oui !) villageois, paysans…Ce cortège  nous accompagne jusqu’au devant de la scène. On nous salue respectueusement, colliers de fleurs, marques sur le front. On nous encense. Une nuée de pétards explose de tous côtés, feux d’artifice, chants, ne manquent que la remise des médailles (les diplômes ce sera pour plus tard)
Tout un groupe de musiciens composé de percussions, flûtes, instruments en tous genres nous prennent en charge pour nous ouvrir la route. Musiciens et danseurs portent des costumes au strict minimum mais magnifiques. Très primitifs, style pagnes, gros bracelets aux bras, chevilles, le corps et le visage peints. Ils représentent une forte tradition et culture tribale. Puis un mélange de statues gigantesques de papier mâché à de multiples bras, décorées kitch, richement vêtues et peintes, multicolores. Après avoir fait un grand tour du village, marché cérémonieusement parfois, souvent entourés de danses impromptues menées par le public et les villageois, nous entrons dans « l’arène du spectacle »
 
Lentement mais avec fracas ! Incroyable ! Autour d’une immense scène (40 mètres sur 15 environ) il y a quelque 7 à 800 personnes assises qui attendent. Devant la scène, au premier rang, d’un côté se trouvent les matelas (moelleux) bariolés occupés par les autorités, de l’autre de larges fauteuils pour le restant des invités ? Nous sommes invités à partager les matelas devant de petites tables basses où sont offerts des sodas et des biscuits. Nous saluons l’Autorité et sa Dame, le Guru Ganga (qui a crée une compagnie de danse dans ces lieux) bien d’autres personnalités et fameux professeurs, de musique, de danse de Drama…
Côté jardin de cette scène immense, sur une petite plate forme, il y a un orchestre traditionnel (et fort connu en Inde). Côté cour, sur une petite extrade, des représentations : photos, icônes, images et statues de Dieux Indous, des micros…pour les présentations.
Sur le devant de la scène une forêt de caméras, appareils photo, journalistes et TV,
Déjà de quoi nous impressionner…
Le fond de scène en fait est un véritable temple, vu de l’extérieur !). En bas des arches de briques roses sombre. Avec des reproductions photographiques des associations présentes (dont une photo géante de Caravane Théâtre).
Une inscription : « Rencontre inter culturelle Franco indienne 2006 en Orissa »
Le mur du fond est surmonté d’un toit en forme de cône avec plusieurs rangées de briques comme des couronnes superposées.
Quelques grands projecteurs, pas toujours efficaces éclairent, le public assis sous les étoiles et la scène à ciel ouvert. IL fait humide et chaud. L’atmosphère se charge au fur et à mesure que s’écoule le temps, d’énergie, de fébrilité, d’admiration, de silences et d’angoisse.
Je me demande si les Français se rendent compte de la chance qu’ils ont d’être là ? C’est ici, sur cette scène même que se déroule le plus fameux  festival de danse de l’Inde. Les troupes les plus diverses se pressent pour y jouer. Le monde entier amoureux de la danse et du spectacle s’y donne rendez-vous les 19 20 21 février de chaque année. Tous les hôtels sont réservés d’une année sur l’autre. Le maître des lieux le Guru Gangar est là en personne dans sa tunique de soie rouge, son pantalon de soie blanche, serré aux chevilles, crinière au vent, et fier ! Il peut l’être car ce lieu qui paraît ancien, il l‘a créé lui-même. Il est énorme, magnifique : magique ! C’est là qu’il enseigne.
 
Pour l’instant les petits clowns attendent ce à quoi ils ne s’attendent pas !
Les lumières se tendent vers le fond de scène, en haut sur le sommet des toits. Dans la nuit silencieuse, une musique s’élance qui fait frissonner le cœur de tous. Là haut, entre les séries de toits superposées, apparaissent danseurs et danseuses. Ils y développent un spectacle fantastique. Entre les couleurs des vêtements, la grâce ou la violence des mouvements, l’ensemble  produit une immense énergie, la musique sublimant le tout ! C’est une vision miraculeuse ! Au sommet, au-dessus du dernier toit, comme une ultime statue, un demi-Dieu, un danseur évolue. Il danse en équilibre à quelques 30 mètres du sol. Les autres danseurs l’accompagnent. Le ballet se déplace tantôt sur la gauche, tantôt vers la droite, en hauteur, vers le bas…La nuit entière retient son souffle !
La danse terminée, dans l’ombre de son admiration, d’un seul élan, la foule applaudit la performance. C’est du délire.
 
Et…je n’ose pas imaginer ni ce que ressentent nos petits clowns français, ni ce qu’ils pensent ni s’ils se voient sur scène après ça, ni ce que nous allons pouvoir jouer ( !) …
Parce que…enfin… ! Ce n’est pas terminé. Il reste 5 ou 6 groupes indiens à passer !
Des danseuses de tradition populaire.
Des tout jeunes garçons acrobates, contorsionnistes déguisés et habillés en filles (comme le veut la coutume)
Des groupes de musiciens depuis les classiques jusqu’aux folkloriques …Etc. .
 
Entre temps nous sommes appelés, sur scène pour des présentations, des interviews, des : dire comment nous trouvons l’Inde, des : ce que nous ressentons, des ce apprécions.
 
Et…on nous remet des diplômes. Mais oui…parce qu’on est des personnes magnifiques qui faisons beaucoup pour le rapprochement France Orissa (ce qui est vrai pour Yolande)
Et nous encore, la fameuse  compagnie de clowns de Paris…vous savez…les clowns qui vont donner un spectacle dans quelques minutes (Glup !Glup !)
 
De retour dans les rangs, je propose aux clowns de « clowner » ce qu’on vient de voir faire par les Indiens : C est à dire de reprendre à notre « manière » de clowns ce que nous venons de voir, sans économiser nos émotions, nos sensations et en s’appuyant sur cette miro mémoire immédiate qui nous réunit à cet instant
 
« A notre tour ! Allons ! Voyons ! »
 
On arrive en faisant chacun l’avion.
On survole l’Inde.
On nomme des villes et on montre leurs particularités.
On arrive dans le Bled en découvre le temple.
On montre la beauté, l’étrangeté etc. Tous ensemble.
On se souvient d’avoir vu des danses sur les toits. On les joue
On se souvient d’avoir vu et entendu un orchestre traditionnel : on le joue
On se souvient d’avoir vu des danseurs acrobates.
On refait en clowns quelques images arrêtées. Comme si c’était un exploit.
On se rend compte qu’il y a des indiens devant nous.
On descend dans le public pour les découvrir.
On improvise.  Il y a mon cousin ? Mon copain ? Ma fiancée ? Le Premier ministre ? La télé 
On le joue tous ensemble.
On est dans un marché indien.
On prend le train.
On quitte l’Inde.
On a oublié la Clowne Mélodie !!!
On la cherche partout. On la retrouve.
 
Elle a trouvé un fiancé indien. (Un vrai spectateur qui n’est pas au courant auparavant)
 
                                                     LE MARIAGE FRANCO INDIEN
 
Pour symboliser la rencontre nous  jouons un mariage inter culturel.
Mélodie a trouvé un jeune indien qu’elle ne lâche plus.
Elle prend au hasard un jeune « garçon d’honneur »
Je les amène sur scène.
On met un voile à la mariée.
Une veste au marié.
Une longue traîne bleue à la mariée.
On s’organise : à la mairie et à l’église.
On va prendre dans le public une femme pour jouer la maman de la mariée.
La maman très heureuse passe les anneaux aux doigts du jeune couple.
Chaque français va dans l’assistance, prendre un indien ou une indienne
On s’organise en cortège pour faire plusieurs grands tours de scène.
Le public apprécie. Applaudissements
 
 
Les clowns reviennent avec Madhumita qui danse une prière sur un enregistrement instrumental et vocal (paroles françaises)
Derrière elle le groupe de clowns improvise des gestuelles pour souligner les paroles.
La prière terminée, on s’avance sur une ligne saluer le public.
 
Nous chantons tous ensemble un mantra :
« .Sarvé bhavantu sukhina
Sarvé santu niramaya
Sarvé bhadrani pashyantu
Ma kashtchit duhkha mapnuyat »
 
Que tout le monde soit heureux
Que tout le monde soit en bonne santé Et ne voit que le côté positif des choses !
Que personne jamais plus ne souffre !
« Om Shantih ! Shantih ! Shantih !
 
Om La Paix ! La Paix ! La Paix !
 
Sortie
Retour en chantant :
« Mera juta hai japani
Ye patloon englishtani
Serve lal topi russi»
 
Traduction : « …Mes chaussures sont japonaises, mon pantalon anglais, mon chapeau rouge vient de Russie….mais mon cœur, lui, est indien… »
 
Le groupe des clowns se met en ligne, se tourne, sort le nez et salue le public en tant que « personne »
 
Voilà, c’est fini (pour cette année).
Achevé le voyage.
Les merveilleuses et étranges rencontres.
Merci à tous
Et
 Révérence à l’Inde l’éternelle magicienne !
 
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