Sortie clowns à Taherpurt
Cet aprèm les participants sortent de la sieste vers 14 heures. C’est le quatrième jour d’atelier clown interculturel. Aujourd’hui, les indiens sont de « Pudja ». C’est la grande semaine de la Déesse « Durga ». C’est elle qui reçoit la dévotion de tout l’état du Bengale. Chaque village construit pour l’occasion son temple (de papier, de carton, de terre, de tissus) qu’il décore le plus richement possible. IL y a d’immenses précessions chaque jour et le denier jour, chaque village accompagne sa statue jusqu’au fleuve ou au lac où on la population  la précipite. C’est un peu ce qui pourrait correspondre à Noël, plus le premier de l’an, la fête nationale, la sortie des anciens combattants, la retraite aux flambeaux et le bal populaire du quatorze juillet
 
Nous sommes donc là, tous les Français pour le grand maquillage. On a sorti des cartons : les couleurs, les poudres, les bâtons de rouge, et ouvert les sacs de vêtements, étalé tous les objets disponibles : tapettes à mouches, balais et brosses en tous genres, et mêmes quelques uns « empruntés » aux cuisines, tasses grandes marmites et…balais pour toilettes. Les nez rouges autour du cou, on essaye les « toilettes »  et les chapeaux puis : c’est la séance maquillage. On a suspendu quelques miroirs aux emplacements réservés aux photos représentant les « Divinités » décrochées  pour quelques instants.
En fait le stage se déroule dans un lieu de prières. Les habitants des villages aux alentours viennent s’y recueillir à heures fixes (la cloche les appelle (et nous réveille en même temps)  la première fois, dès 5 heures du matin !). Mais, de temps en temps il en vient qui n’ont point d’horaires, pas de montre ou trop peu de travail. Sûrement qu’on s’est passé le mot dans les environs, qu’il y a quelques fadas qui s’amusent à on ne sait trop quoi, ce qui fait que le lieu où nous travaillons étant ouvert sur l’extérieur, nous ne manquons jamais de spectateurs.
C’est très émouvant de se maquiller dans un lieu si chargé !
On pense aux poésies de « Satprem » le « Scribe »  de La « Mère ». Celui qui a retranscrit tous ces « entretiens » cette véritable Saga de l’« Evolution » que sont « Les Agendas »..
Certains d’entre nous qui à cet instant passent autour de leur cou le nez de clown ont vibré à cette philosophie du « dévoilement » de l’Esprit dans la matière, avec toute cette importance donnée à la communication, à l’empathie aux contacts des Âmes, à la recherche de la vérité dans l’instant, à la sincérité…
Nous somme là avec notre misérable et magnifique habit de clown, Nous travaillons, si on veut bien y réfléchir et l’accepter, au même but, recherchons, le même bonheur, la liberté, des vérités identiques par d’autres chemins.
Parce que c’est bien ça le clown : être vrai ici et maintenant ! Et rechercher du mieux être avec ses partenaires de vie et de jeux.
L’Eternité dans une seconde.
 
Donc nous nous maquillons et faisons les premiers pas hors de la salle. On suit ce petit chemin caillouteux, étroit qui serpente entre les rizières et les bananiers, les canaux et les tiges de chanvre qui se dressent sous un soleil tenace, profond et humide à cent pour cent. Nous y croisons des buffles, des vaches (attention aux bouses !), des vélos (attention aux charges qui dépassent à l’arrière !), des motos des sourires et des sourires et tout plein d’étonnements.  Etonnant comment les indiens sont surpris par les clowns ! Quelques uns savent un peu de cette moue hilare du clown Mac Donald, peut-être d’un cirque entrevu à la télé ou lors d’un passage en ville, mais guerre plus. Surprenant ! Même « Zippo » le petit clown peluche qui nous suit partout n’amuse pas les enfants !
Nous arrivons sur la route principale (trouée, parfois même défoncée, mais goudronnée…)
Il nous faut faire trois km avant d’atteindre le village. Faire tout ça à pieds semble surhumain, vu la fatigue, la chaleur et le stress. La petite colonne d’une huitaine de clowns s’étire sur la chaussée, se rassemble, crie et discute le pourquoi du comment. On décide de prendre des « vans » c’est des vélos à plateforme. Le conducteur tire sa petite remorque à plateau, comme le petit cheval dans le mauvais temps sa charrette. C’est le vélo taxi local. On y monte à quatre maximum (pour les Français), trois (pour les clowns), dix  (pour les indiens).
Le cortège pour le premier rendez-vous clown avec la population est formé. Sauf qu’il faut arrêter deux jeunes males qui passaient par là en vélo (normaux) pour y installer  nos deux jeunes clownettes à l’arrière (des vélos). Sur le chemin les indiens répondent à nos invitations, aux sourires, à toutes nos propositions. Ils s’appellent d’une maison à l’autre, se poussent du coude,  se renvoient de franches rigolades. Les clowns font les clowns et les indiens le bon public.
Nous arrivons près des premières boutiques. Chacun descend de son estrade, descend  de son porte bagage, des genoux de son voisin…Les habitants se massent autour de nous. Si on regarde devant soi, on se croit seul. Si on se retourne on se rend compte qu’on est au devant de la manif. Si on verse sur les côtés, on sent bien qu’on est au centre d’un piège, d’un énorme processus d’intérêt  et de découverte, d’une immense curiosité, d’une admiration (ou d’une incompréhension) béate.
Mais quand on commence à jouer avec les gens, quand on y va vraiment, quand on y plonge, qu’on s’y donne, on entre dans une merveilleuse complicité, on invente à plusieurs, on improvise ensemble, on crée de la vie, un autre langage, d’autres chants, du mouvement : on communique !
On arrête des bus pour saluer les passagers
On aide au commerce
On partage le goûter
La boisson
On rigole, réciproquement, de nos vêtements, de notre accoutrement
On se salue, on se prend par le cou, par la main, par la taille, par le coeur
On s’entraîne à marcher quelques pas ensemble
On danse à deux, à quatre, à tous
On pirouette seul et à plusieurs
On se dit bonjour dans toutes les langues
On se chante des chansons de toutes les cultures
On s’en invente
On se prête le nez
On embrasse
On ose
On reçoit des sourires, des révérences, des bananes,
Des invitations à dîner, à souper, à s’asseoir, à prendre du thé
A regarder les photos des petits derniers
A se faire bénir, toucher les pieds
Et on nous demande : des photos ! Des photos ! Des photos ! Des photos !
Et on nous dit de ne pas partir ! De ne pas partir ! De ne pas partir !    Ou de revenir ! De revenir ! De revenir ! De revenir !
 
Le marchand de tout et de rien offre les pétards à dix francs de notre enfance.
De derrière sa petite boutique ambulante, celui-là tend les « mistrals gagnants », ceux-là mêmes  piqués à la caisse de l’épicier de nos dix ans
 
Je retrouve l’émotion du premier baiser de « Colette », ma fiancée de la classe de quatrième A
Le prêtre me serre dans ses bras.
Je sens son corps tout maigre, abandonné, son coeur vibrant, sa force ardente.
« Il » m’envahit, « ça » me bouleverse, ça me fait comme des larmes chaudes (encore maintenant)
C’est joyeux pour tout le monde. On fait et on refait le tour des ruelles. La foule nous suit, fidèle, grossissante. On se prête à tous les jeux, on essaie toutes les tactiques de communication.
Cela dure une belle heure. Et on repart sur nos « vans » Je suis avec les deux jeunes clownettes qui se sont décidées à essayer cet autre moyen de locomotion. Les deux jeunes hommes en vélo qui les avaient portées à l’aller sont là, assidus, rieurs. Ils leur lancent des regards et des sourires sans équivoques !
Sur la route du retour, les clowns sont bien plus décontractés .On retrouve, fidèles, sur les bas côtés de la route, nos spectateurs de tout à l’heure qui nous saluent d’aussi loin qu’ils nous aperçoivent.
 
Nous revenons le soir avec Bittoo pour interviewer les personnes que nous avons rencontrées quand nous étions en « clown » pour avoir leurs impressions. Nous avons recueillis quatre témoignages ; Pour l’essentiel c’est :
 
«  Généralement les touristes passent sans nous regarder. Vous vous avez pris le temps de vous arrêter, de nous saluer et de nous parler. On a même joué ensemble. On a pris du temps et on a rigolé. Ce n’est pas pareil. On veut vous revoir. C’est bien comme ça. On peut parler, se connaître, se rencontrer. On est plus étranger.. »
Le lendemain on a organisé une rencontre. On a copié la vidéo prise lors de cette sortie. On l’a mise sur un cd et on a réservé une télé. On voulait montrer aux habitants ce qu’on avait vécu ensemble, prolonger cette rencontre et vivre un autre moment inter culturel.
 
Malheureusement. Le soir tout était en place : la télé, nous et le public, mais le matériel n’a pas fonctionné. On est tout de même resté deux heures (de plus) à discuter en attendant.
 
Nous étions bien en Inde !
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